Pénuries africaines
Contrairement à l’image répandue d’un continent gagné par la soif, l’Afrique dispose de vastes aquifères et de plusieurs bassins versants majeurs comme ceux du Sénégal et du Niger en Afrique de l’Ouest, du Congo en Afrique centrale, du Zambèze et de l’Okavango en Afrique australe, ou encore du Nil en Afrique de l’Est. D’ici à 2033 pourtant, sous l’effet cumulé de la croissance démographique, de la croissance économique et de facteurs environnementaux (changements climatiques et pollution), de plus en plus de pays seront affectés par des situations hydriques tendues.
Ce sera notamment le cas pour les pays d’une large bande territoriale couvrant l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Est et s’étendant du Maroc au Kenya. Dans ces régions, les disponibilités en eau par habitant révèleront des situations de stress hydrique (moins de 1 700 m 3 d’eau/hab./an), voire de pénurie chronique (moins de 1 000 m 3 d’eau/hab./an).
Par ailleurs, et il ne faut pas s’y tromper, la relative abondance en eau observable en Afrique centrale ne saurait signifier l’absence de problèmes hydriques. Pour être abondante dans la région, l’eau n’en demeure pas moins inaccessible pour une large frange de la population, en Afrique centrale comme sur l’ensemble du con tinent africain.
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La raréfaction des ressources hydriques
La Chine se souviendra de cet hiver 2011 comme l’un des pires que le pays ait connu. En l’absence de pluie ces dernières semaines, le Nord et l’Est du pays sont gagnés par la sécheresse, menaçant autant les récoltes de blé d’hiver que les approvisionnements en eau des populations. Au 1 er février 2011, Pékin n’avait toujours pas reçu une seule goutte de pluie depuis près de cent jours, de quoi commencer à inquiéter les autorités chinoises et les pousser à déclencher l’état d’urgence maximale. Pour pallier au risque de pénurie d’eau dans la capitale, plusieurs solutions sont envisagées : accroître l’exploitation de certaines nappes phréatiques, au risque de leur surexploitation et de leur dégradation, ou bien détourner les eaux du fleuve Jaune et du Yangtsé, au risque, cette fois, de causer des dégâts sociaux, économiques et environnementaux bien plus grands encore.
Cet exemple de raréfaction temporaire des ressources hydriques liée à un aléa climatique devrait se multiplier à l’avenir. A côté de ces déréglements climatiques et des pollutions dont les ressources en eau pourraient être victime, d’autres facteurs contribueront également à la raréfaction des ressources d’eau douce disponibles par habitant. Ainsi, sous l’effet conjugué de la croissance démographique et économique des pays en développement, des changements de mode de vie et des habitudes alimentaires, ainsi que de l’augmentation de la demande de produits agricoles, la demande en eau devrait à son tour s’accroître, renforçant les tensions autour des disponibilités en eau.
Cette raréfaction annoncée des ressources en eau disponible par habitant ne saurait signifier, pour autant, une diminution des ressources en eau renouvelable présente sur la planète. Ces ressources renouvelables, abondantes et présentes en quantité fixe, feront l’objet, en revanche, d’un partage entre des populations et des usages plus nombreux. Depuis 1950, à l’échelle mondiale, la disponibilité moyenne d’eau douce est ainsi passée de 16 800 m 3 /hab./an à 6 500 m 3 /hab./an en 2008 ; elle devrait s’élever à 4 800 m 3 /hab./an en 2025. Largement suffisante, ces ressources se caractérisent néanmoins par leur inégale répartition et leur inégal accès.
Une ressource abondante mais mal répartie
À l’échelle mondiale, on estime que l’eau représente un volume total de 1,4 milliard de km 3 très inégalement réparti entre les eaux salées des océans (97,4 %), l’eau douce gelée des glaciers et des calottes polaires (1,9 %), l’eau souterraine des aquifères (0,6 %) et, enfin, les eaux de surface des rivières, marais et plans d’eau (0,02 %). En dehors des eaux souterraines fossiles, l’eau douce est une ressource renouvelable : au fil du cycle de l’eau, les pluies sont absorbées par les sols et les plantes qui, à leur tour, alimentent l’atmosphère par évapotranspiration, ainsi que les lacs et les rivières par ruissellement. Si les 40 000 km 3 d’eaux de surface renouvelables et facilement accessibles ne représentent finalement qu’une part infime du stock mondial d’eau douce, leur volume global pourrait cependant largement suffire à couvrir les besoins annuels de l’humanité ainsi qu’à préserver les écosystèmes. Or en réalité, les ressources en eau douce sont très inégalement réparties sur la planète. Tandis que certaines régions souffrent d’un déficit structurel en eau douce comme le bassin méditerranéen, le Moyen-Orient et le Sahel, d’autres bénéficient de régimes très favorables comme l’Amérique du Sud ou l’Afrique centrale.
À cette répartition inégale des ressources s’ajoute celle de la population mondiale qui vient encore accentuer les écarts. Ainsi, l’Asie qui concentre 60 % de la population du globe ne dispose que de 36 % de ses ressources en eau douce. L’Amérique du Sud regroupe pour sa part 6 % de la population mondiale pour 26 % des stocks d’eau. L’Europe enfin rassemble 11 % de l’humanité alors qu’elle ne détient que 8 % de l’eau douce de la planète.
Déjà fortes entre les grandes régions du monde, ces disparités sont encore plus marquées à l’échelle des pays. Pour les mesurer, on utilise un premier indicateur qui consiste à diviser le volume d’eau douce renouvelable par le nombre d’habitants. On peut ainsi comparer entre eux des pays à disponibilité en eau élevée comme le Brésil (45 000 m 3 /hab./an) ou la Norvège (83 000 m 3 /hab./an) et d’autres où elle est très faible comme l’Arabie Saoudite (95 m 3 /hab./an) ou les Maldives (98 m 3 /hab./an).
Au cours des prochaines décennies, de l’Asie de l’Est au Sahel, plusieurs régions du monde s’achemineront vers ce qu’on appelle déjà la « crise de l’eau ». Au moins 2 milliards d’individus et 48 pays seront en effet confrontés à une situation de pénurie en 2050. Certaines projections estiment qu’il pourrait même s’agir de 7 milliards de personnes et de 60 pays. Pour le PNUD, 90 % de la population du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord sera touchée, tout comme une grande partie de la Chine du Nord dont quelques provinces enregistrent déjà une disponibilité en eau douce inférieure à 500 m 3 /hab./an, comparable à celle de l’Algérie ou de Djibouti.
Tags: 2033 les Futurs du Monde , Afrique , eau
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