Article publié sur le site Lesoir.be le 31/12/2010
L’analyste Virginie Raisson publie ses scénarios de l’an 2033 sous forme d’atlas. Un exercice de prospective qui décrit les possibles et met l’humanité face à des choix cruciaux.
Vous sirotez un verre de champagne et vous écoutez d’une oreille distraite les prédictions des astrologues pour 2011 ? Et vous n’y croyez pas, bien sûr. Mais peut-être êtes-vous prêt en revanche à entendre le résultat des recherches menées par Virginie Raisson et son laboratoire, le Lépac. Des recherches qui ont pour but – excusez du peu – d’explorer le futur.
L’Atlas des futurs du monde de Virginie Raisson participe de ce qu’on pourrait appeler la prospective préventive. Cette chercheuse-analyste française, spécialisée dans les relations internationales, s’est mis en tête de nous dire de quoi le monde « pourrait » être fait en 2033. Non pour jouer les pythies, décrire une planète ravagée par les monstres de HG Wells ou annoncer un énième New Age, mais pour formuler ce préambule : « Voilà les scénarios auxquels la planète peut raisonnablement s’attendre en 2033. A nous de faire les (bons) choix. »
Pourquoi 2033 ?
Pourquoi 2033 ? Parce que, nous dit Virginie Raisson qui a débuté en 2008 ces recherches, « 25 ans est le temps qu’il faut pour mettre en œuvre une politique (climatique, énergétique…) et pour en jauger les effets. C’est aussi le temps d’une génération. »
Donc 2008 + 25 = 2033.
2033 est en outre une année qui présente certains avantages. Comme celui de « correspondre au moment où l’Inde sera plus peuplée que la Chine » ou à l’instant fâcheux où « la Terre aura une empreinte écologique égale à deux planètes » – c’est-à-dire où elle aura besoin pour sa survie du double des ressources qu’elle produit. Un sacré problème…
Autant dire que la partie sera serrée pour ceux qui peupleront alors ce bas monde. Les grands enjeux actuels que sont l’environnement, l’exploitation et le partage des énergies, la lutte contre la malnutrition, la démocratie, la gestion des villes ou les migrations feront à n’en pas douter nos questionnements de demain.
Mais il y en aura d’autres, tout nouveaux. Lesquels ? Bien malin celui qui… L’Atlas des futurs du monde ne prétend pas le dire. Il ne peut pas davantage prédire les prochaines guerres, les crises à venir. En revanche, il peut tenter d’en déceler les germes. Voilà pourquoi il s’attache à l’étude des tendances les plus lourdes tout en se détachant des évolutions politiques et sociales trop proches.
Enfin, pour écarter tout millénarisme, précisons que cet ouvrage n’a rien à avoir avec le 2.000 e anniversaire de la mort du Christ. Mort à 33 ans, Jésus de Nazareth est en effet né entre – 5 et – 7, selon les historiens. Faites le calcul.
le vieillissement
L’Occident vieillit.
Une catastrophe démographique et économique est annoncée pour nos pays appelés à financer les retraites avec des rentrées en chute libre faute de cotisants suffisamment nombreux. A l’horizon : des clivages, des crises, des sociétés essoufflées.
Des solutions pourtant existent. L’Atlas des futurs du monde désigne l’exemple japonais. En 2020, au Japon, un actif et demi seulement travaillera pour chaque retraité. Situation intenable. C’est pourquoi l’âge de la retraite y a été repoussé à 67 ans. Certaines cotisations ont été augmentées. Les femmes sont encouragées à retourner au travail, les plus âgés aussi. « Et il y a surtout un investissement très important qui a pour but de convertir le handicap en avantage comparatif » , analyse Virgine Raisson, l’auteur de l’ Atlas . Comprenez : le capital que représente l’expérience des cheveux blancs vaut bien qu’on sorte le portefeuille. (P.Ma)
les migrations
Comment gérer les flux migratoires ?
Un casse-tête pour les élites. Absence de réelle politique commune, réflexe identitaire… Et pourtant, d’ici 2033, l’Occident aura besoin de bras et de cerveaux. Alors ?
Alors, prévient Virginie Raisson, il faut « changer l’image du migrant » : « On se braque aujourd’hui sur ce que coûte un migrant, en termes d’allocations familiales ou de criminalité, souvent pour aboutir à des informations erronées et à des a priori. Or les populations migrantes sont un enrichissement, sur le plan symbolique mais aussi culturel et économique. Elles sont des vecteurs par lesquels circulent les idées, comme les droits de l’homme. »
Les migrations internationales d’étudiants pourraient passer de 2,5 millions en 2005 à 8 millions d’individus en 2025. Un capital intellectuel intéressant pour l’Occident. Mais comment ne pas en priver les pays d’origine ?(P.Ma)
Les villes
« Soleil vert »
est un film d’anticipation de Richard Fleischer, évoquant le monde de 2022 plombé par la surpopulation et l’épuisement des ressources naturelles. Ce futur qui croise une urbanisation galopante (60 % de la population vivra dans les villes en 2050) est l’un des scénarios catastrophes évoqués par Virginie Raisson.
Il n’est heureusement pas le seul : « La ville doit être aussi envisagée comme une chance. Car l’accès aux soins, à l’éducation est plus facile dans une zone de forte concentration. Il sera aussi plus facile d’y ralentir les émissions de gaz à effet de serre grâce aux transports en commun, à l’isolation des bâtiments. (…) En 2033, il n’y aura pas un modèle de ville. Dans les cités européennes très denses, les écoquartiers seront une forme d’évolution probable et souhaitable du modèle urbain. Dans les pays émergents, les villes seront innovantes, intégrant de nouvelles technologies comme la bioclimatique. » (P.Ma)
La malnutrition
En 2033, le monde comptera 8,5 milliards
d’habitants. A priori, la planète est capable de tous les nourrir. Mais pas n’importe comment. Virginie Raisson pointe la surconsommation de viande en Occident. Les élevages bovins sont gourmands en terres qui, consacrées plutôt à l’agriculture céréalière, permettraient de nourrir un nombre plus important de personnes.
L’analyste estime aussi que le modèle agricole d’exportation a vécu. Plus largement, « même à 9 milliards d’habitants vers 2050, la planète pourrait nourrir ses habitants si et seulement si les causes à l’origine de la malnutrition sont combattues dès à présent. Il faut revenir à l’irrigation des terres pour éviter leur épuisement et à l’avènement d’une agriculture locale, biologique. Dans les pays du Sud, il faut privilégier une culture vivrière et la mécanisation des cultures dans les zones les plus reculées ». (P.Ma)
la gouvernance
L’eau. Le partage problématique
de l’eau un peu partout sur le globe est un exemple idéal pour rappeler qu’il ne peut y avoir ici de solution fondamentale sans approche globale. « Jamais, commente Virginie Raisson, l’eau, le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources n’ont semblé devoir intéresser autant de monde. Leur gestion peut appauvrir ou enrichir l’humanité tout entière. »
« Mais malheureusement l’humanité n’a pas de représentant. Et l’ONU est souvent mise de côté. On va donc vers une renationalisation de nombreuses politiques. En termes de climat, d’énergie, etc, chaque pays défend ses intérêts. C’est contradictoire avec la façon dont se posent les problèmes climatiques, énergétiques, hydriques… Si on veut améliorer notre niveau de vie, il faudrait repenser des formes de gouvernance et aller vers une mutualisation de certaines politiques, à commencer par l’échelle européenne. »
(P.Ma)
LE climat
Le climat se réchauffe
, la glace fond et le Groenland devient l’objet de toutes les attentions : politiques, économiques, énergétiques… L’ Atlas souligne ici un effet papillon à l’échelle planétaire.
Virginie Raisson : « On est face à un choix et selon la réponse qu’on va y donner on aura le pire ou le meilleur des avenirs (…). Avec le réchauffement climatique, la banquise en fondant promet de dégager des voies maritimes et l’exploitation de ressources minières, pétrolières désormais exploitables. Ajoutons-y un processus politique d’indépendance. L’avenir de ce peuple est donc en train de se transformer avec l’évolution climatique. Faut-il exploiter ces richesses ? N’y a-t-il pas là un risque de rupture totale de ce peuple qui a vécu en harmonie totale depuis toujours avec la nature ? Le Groenland vit un peu ce qui se passe à l’échelon de la planète, sinon qu’ici cette évolution est concentrée. » (P.Ma)
LA politique
La politique croise
fatalement les grands enjeux planétaires. Puisqu’il y aura d’importantes décisions à prendre en 2033, la question est bien de savoir qui exercera alors le pouvoir. Notamment au Kremlin.
Pour Virginie Raisson, la Russie de 2033 sera tout sauf démocratique. Son Atlas pronostique « un décret du nouveau gouvernement nationaliste russe étendant la durée du mandat présidentiel à dix ans ». L’analyste y voit le résultat de la stagnation de la démocratie, du nationalisme et de la manne énergétique qui permettrait au pays de vivre replié sur lui-même.
C’est une analyse. La spécialiste française de la Russie Hélène Carrère d’Encausse en a une toute autre que nous livrons sur lesoir.be (P.Ma)
Mardi 18 janvier
Mardi 18 janvier
Investiture de Leslie Cordero Mendoza, 48e président des Etats-Unis. Ou comment une femme issue de la communauté hispanique, devenue la première communauté américaine, entre à la Maison-Blanche.
Mercredi 20 avril
Le monde compte 8,5 milliards et demi d’habitants. Mais comment les nourrir ?
Mercredi 29 juin
Un laboratoire indien commercialise le premier vaccin contre le VIH/Sida. Une véritable révolution attribuée à un pays émergent. Et déjà une puissance.
Vendredi 5 août
Le premier ministre chinois annonce le déplacement de la capitale du pays à Canton. Adieu la Pékin impériale, la Chine veut d’abord être l’empire du business.
Vendredi 4 novembre
Pour la deuxième année consécutive, l’UE enregistre une baisse de ses émissions de CO2 par habitant. La « soft power » montre à nouveau l’exemple.
Jeudi 29 décembre
Le baril de pétrole est à 250 dollars. Il y en a donc encore.
Ces dates sont extraites du calendrier 2033, tel que l’imagine l’« Atlas des futurs du monde ». Les commentaires sont nôtres.
Tags: 2033 , Les Futurs du monde , Martin Pascal , presse , Virginie Raisson
[...] Certains combats ne s’arrêtent donc jamais… Et si vous souhaitez un peu anticiper les choses et être prévoyants, pour imaginer les 25 ans à venir et faire un peu de prospective, je vous conseille la lecture du blog Les Futurs du Monde et le résumé de L’Atlas des futurs du monde de Virginie Rais…. [...]